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L’union européenne survivra-t-elle en 2024 ?

L’union européenne survivra-t-elle en 2024 ?

L’Europe était une belle idée. Un espace de paix et de réconciliation entre les belligérants, après une guerre particulièrement atroce. Une troisième voie entre les deux superpuissances qui se faisaient face lors de la guerre froide, alors même que les pays constitutifs de l’époque appartenaient au bloc occidental. Un espace de progrès social et de prospérité, grâce à un marché commun. Un havre accueillant des pays méditerranéens sortant de leurs dictatures d’inspiration fasciste, facilitant leur transition démocratique. Puis, un havre accueillant d’ex-pays du bloc soviétique dans le même but. Un espace de solidarité, aidant les régions appauvries à rattraper leur retard. Un mécanisme pour permettre la diffusion des valeurs fondamentales et pour harmoniser par le haut les droits sociaux, c'est-à-dire pour permettre à ceux qui n’en bénéficiaient pas encore de les acquérir.

La construction européenne s’inscrivait dans un contexte plus général de remise en cause des frontières, de limitation de souveraineté quand la paix était menacée (d’où la création du Conseil de Sécurité de l’ONU), de décolonisation et d’aide au développement du Tiers-Monde. Il s’agissait d’une utopie constructive, générant des progrès réels quoique partiels et fragiles.

Le succès de la construction européenne a généré ses propres obstacles. Avant même la crise actuelle, certaines régions ou certains pays riches ont commencé à se demander pourquoi poursuivre un effort de solidarité à long terme, d’autant plus que les adhésions nouvelles entraînaient des besoins considérables. L’oubli des erreurs passées et particulièrement des effets mortels d’un nationalisme effréné a permis à certains de se revendiquer souverainistes pour s’exonérer de l’obligation de négocier avec leurs partenaires et d’accepter des compromis.

La tentation du repli sur soi a été surtout renforcée par la mutation économique due à une politique mal maîtrisée, trop rapide, de mondialisation. Certains pays ont eu plus de difficultés que d’autres à remplacer les activités qui fuyaient vers les pays émergents par de nouveaux secteurs économiques et à dire vrai, quelques pays n’y sont pas parvenus. La migration des salariés vers des emplois non industriels n’a pas été facile, pour certains, elle a été impossible, malgré les efforts de formation professionnelle. De nombreux individus se sont retrouvés voués à un chômage définitif suivi d’une retraite difficile. Les promesses d’un espace de prospérité européen n’ont pu être tenues. Ni l’Union européenne ni les gouvernements nationaux n’ont su mettre en place une politique industrielle et de développement économique pour gérer les mutations, conséquence d’une politique de libéralisation des échanges qui, elle, a été menée tambour battant et même aveuglément, au seul profit de certains grands groupes industriels et bancaires.

La crise née du choc des subprimes (conséquence d’une politique de déréglementation activement menée par les gouvernements) a considérablement aggravé les choses. La nationalisation inconsidérée des pertes bancaires a entraîné une explosion de l’endettement des États, c'est-à-dire des contribuables. La crise bancaire a muté en crise financière, puis en crise économique. Il s’agit là d’un cataclysme d’autant plus affolant pour les citoyens que l’Union Européenne a étalé publiquement de sommet en sommet son impuissance et son incompétence. Chaque sommet européen donnait lieu à des communiqués annonçant des solutions, pour être suivi d’une rapide aggravation des choses rendant nécessaire un autre sommet. Les solutions trouvées devenaient de plus en plus dures pour les citoyens de certains pays, organisant leur spoliation par une pression fiscale exorbitante, par la diminution des retraites, par la disparition des emplois et récemment, la ponction de leurs dépôts bancaires. Les citoyens des pays épargnés, jusqu’à présent, n’en sont guère rassurés car on voit bien que la menace peut très rapidement s’étendre à d’autres pays. Le modèle social européen est gravement menacé. Même dans les pays riches, l’ordre du jour est à l’austérité durable. Par ailleurs, l’Allemagne, qui joue les premiers de la classe, commence à s’inquiéter des conséquences possibles de son impopularité auprès des autres peuples.

A l’incompétence s’ajoute l’illégitimité. La Troïka en est le symbole. Un concept mystérieux avec un nom fleurant bon le despotisme soviétique, des technocrates non élus aux commandes, des mesures impopulaires, le mépris des institutions démocratiques mises sous tutelle, la recette est presque parfaite. L’Union Européenne, avec ses institutions complexes ne respectant pas les principes de séparation des pouvoirs et de responsabilité de l’exécutif devant une chambre basse, son Conseil qui prend des décisions gravissimes sans contrôle ni recours effectif, n’a aucune des caractéristiques démocratiques qui rendent le pouvoir politique acceptable par les citoyens.

La charge est-elle injuste ? Après tout, le procès en incompétence doit être nuancé par le fait que l’Euro a été sauvé. Le procès en illégitimité n’occulte-t-il pas le fait que ce sont des gouvernements démocratiques qui siègent à Bruxelles ?
La vérité est que le citoyen juge l’arbre à son fruit. L’Euro a été sauvé, mais à quel prix et pour combien de temps ? Et pour quelles perspectives de reprise économique ?
Des décisions sont prises à Bruxelles, mais qui les prend, et comment ? Il n’y a aucun compte-rendu des sommets européens, les motivations des décisions et les positions des uns et des autres restent secrètes, à peine retracées par des déclarations officielles alambiquées ou par des articles journalistiques rédigés par des correspondants tenus soigneusement à l’écart des débats.

L’Union européenne apparaît d’autant plus comme un monstre ingouvernable et insensible à la volonté populaire que dans les pays qui la constituent, le citoyen peut bien voter comme il lui plait, à gauche ou à droite, ça ne change rien à la course du bateau.

Il n’est donc pas étonnant que ce déficit politique crée de l’euroscepticisme. Les institutions qui n’ont pas de valeur ajoutée réelle, visible pour leurs citoyens sont condamnées à disparaître. Certes, les experts expliqueront que seule l’Europe a la taille critique pour interagir avec les grands blocs économiques d’une économie mondialisée. Mais ce discours est inaudible, d’une part parce que de petits États s’en sortent très bien économiquement et d’autre part parce que l’Union européenne a effectivement failli dans sa mission de protection d’un espace commun de prospérité.

La désaffection des citoyens pour la construction européenne est un mouvement de fond, puissant et difficilement réversible. Déjà, le Royaume-Uni, si un référendum était effectivement organisé comme promis par son gouvernement actuel, choisirait selon toute vraisemblance d’arrêter là les frais. Mais dans tous les autres pays, des mouvements eurosceptiques existent, dont certains ont le vent en poupe et qui risquent bien de contribuer à forger une opinion majoritairement négative quant à la poursuite de la construction européenne.

Alors, l’Union Européenne survivra-t-elle en 2024 ? Si les tendances actuelles se poursuivent, rien n’est moins sûr. Depuis longtemps, les gouvernements nationaux s’ingénient à peupler les institutions européennes d’ectoplasmes aux postes dirigeants, ils foulent aux pieds les processus de décision communautaires et les maigres droits du Parlement, ils renationalisent les compétences ou les dupliquent, sans souci de la gabegie budgétaire. Ils favorisent la corruption locale grâce aux détournements de fonds, rendus possible par des procédures intentionnellement complexes, en se moquant, année après année, des rapports de la Cour des Comptes. Déjà, l’UE n’est qu’un théâtre d’ombres, fort commode pour faire porter le chapeau des décisions gouvernementales par une structure qui n’est en définitive qu’une marionnette. Ils ont tué le rêve européen.

Et pourtant, jamais une vraie union européenne n’a été plus indispensable. Aucun des grands problèmes qui affectent l’Europe ne peut trouver de vraie solution qui ne soit commune. Seule une voix commune européenne peut vraiment peser dans le concert mondial. La démonstration a contrario en est fournie par le simple fait que quoi qu’ils en aient, les gouvernements de l’UE se coordonnent en permanence et que leurs dirigeants se rencontrent intensivement. Ils sont très conscients que le retour aux Etats-nation en Europe signifierait l’accélération d’un déclin, peut-être confortable d’abord, mais rapidement destructif des valeurs, des richesses et même des identités des nations européennes.

Peut-on renverser la tendance ?

Il faut que l’union européenne retrouve sa pertinence vis-à-vis des citoyens. Cette pertinence ne peut résulter que d’un projet politique européen. Non pas avec des grands mots et des grands sentiments, auxquels plus personne ne croit. Un projet politique européen doit proposer des réponses concrètes aux grands défis communs : déficit d’emplois, financement des retraites et de la protection sociale, éducation, gouvernance économique et financière… Ce projet politique doit être crédible, c'est-à-dire soutenu par un budget et une structure capable de le mettre en œuvre au contraire des pitoyables ‘stratégie de Lisbonne’ ou ‘Europe 2020’.

La structure de gouvernance de l’UE doit devenir une structure démocratique, c'est-à-dire se conformer aux principes constitutionnels suivis au niveau national des États membres. Le principe un homme, une voix doit être respecté au niveau de la chambre basse, c'est-à-dire que chaque parlementaire doit être élu par un nombre sensiblement égal de citoyens. Une chambre haute peut représenter les États. Le pouvoir exécutif doit être séparé du législatif, mais responsable devant la chambre basse. Un mécanisme de contrôle constitutionnel doit permettre la sauvegarde des compétences respectives de l’Union et des États membres. L’Union doit avoir son budget propre et ses propres ressources. Cette simplification démocratique est la condition nécessaire pour que l’électeur puisse comprendre les enjeux et réellement peser par son vote sur la politique choisie.

Cette refondation est nécessaire pour que l’UE survive en 2024. Une étape importante en 2014 permettra de comprendre si cette survie est possible : les élections européennes. Aura-t-on lors de ces élections l’absence de débat habituelle sur les enjeux européens au profit des enjeux purement nationaux ? Si oui, l’UE ne vivra pas en 2024. Aura-t-on un rassemblement des partis politiques en groupements européens, selon leur tendance politique, pour présenter un programme réellement européen et proposer une équipe qui formera la future Commission européenne en cas de succès électoral ? Si non, l’UE ne vivra pas en 2024. Parlera-t-on lors de ces élections des leçons des crises et de la refondation d’une UE dotée des compétences, des structures et du budget nécessaire pour la définition d’un vrai programme politique européen ? Si non, l’UE ne vivra pas en 2024. Les familles européennes des partis politiques proposeront-elles un programme européen concret pour trouver une réponse aux grands problèmes du jour ? Si non, l’UE ne vivra pas en 2024.

Il reste peu de temps d’ici aux élections européennes de 2014. Si ceux qui croient encore qu’une Europe politique est indispensable pour préserver notre modèle de société ne s’organisent pas au niveau européen, ne présentent pas leurs solutions aux électeurs, s’ils laissent les choses aller à vau l’eau, alors l’UE a toutes les chances de disparaître d’ici 2024.

Will the European Union still exist in 2024?

Europe was a beautiful idea. It was to be a space for peace and reconciliation between the combatants after a particularly brutal war; a third way between the superpowers who were squaring up to each other in the Cold War, even while the founder countries belonged to the western bloc; a space for social progress and prosperity, thanks to a common market; a welcoming haven for the Mediterranean countries emerging from the fascist-leaning dictatorships, easing their way to democracy; and then a welcoming haven for the former members of the Soviet bloc for the same reason; a space for solidarity, helping the impoverished regions to catch up; a mechanism to stimulate the sharing of fundamental values and for harmonising social rights on a higher level, in other words to ensure that those who had never enjoyed such rights would acquire them.

European integration was to take place in a wider context of relaxing borders, limiting sovereignty when peace was threatened (hence the creation of a UN Security Council), of decolonisation and development aid to the Third World. It was to be a constructive utopia, generating real progress, albeit partial and fragile.

The success of European integration has created its own obstacles. Even before the current crisis, some regions or wealthier nations had begun to wonder why they needed to continue working towards such long-term solidarity, especially as new members were burdened by serious needs. Oblivious of past mistakes and particularly of the lethal effects of unrestrained nationalism, some nations claimed the right to stand above it, thus freeing themselves of the obligation to negotiate with their partners and to accept compromise.

The temptation to turn in on themselves was especially buttressed by the economic transformations brought about by poorly understood and over-rapid globalisation. Some nations experienced greater difficulties than others in substituting their former activities which had fled to the emerging economies with new economic sectors, and the fact is that some countries have simply failed to do so. The transfer of skills to non-industrial jobs was not easy for many workers, and for some was simply impossible, despite occupational training schemes. Many found themselves doomed to long-term unemployment leading into difficult retirement. Neither the European Union nor the national governments had any idea how to set up an industrial and economic development policy capable of managing the changes which were the outcome of trade liberalisation policies which had triumphantly and even blindly marched in, only to profit a handful of huge industrial and banking organisations.

The crisis born of the sub-prime mortgage shock (the outcome of a deregulation policy actively implemented by governments) made things much worse. The thoughtless nationalisation of banking losses led to an explosion of national debt, or in other words, of taxpayer debt. The banking crisis morphed into a financial crisis, then into an economic crisis. This was a cataclysm that was all the more terrifying for Europe’s citizens as the Union publicly spotlighted its impotence and incompetence at summit after summit. Each European summit produced statements announcing solutions which were speedily followed by a further deterioration in the situation leading to yet another summit. The solutions adopted became more and more painful for the people of some countries, which attempted to cope with their bankruptcies by exorbitant fiscal pressure, slashing retirement pensions, axing jobs and recently raiding the people’s actual bank accounts. Nor are the citizens of the countries spared in any way comforted, because it is all too clear that the threat can swiftly spread to other nations. The European social model is under serious threat. Even in the wealthy countries the order of the day is sustainable austerity. And now Germany herself, so far the top of the class, has begun to worry about the potential consequences of her unpopularity among the other countries.

Incompetence is twinned with illegality. The Troika is a symbol this. A mysterious concept whose name hints at Soviet despotism, consisting of technocrats with no peoples’ mandate to command, unpopular measures, scorn for the democratic Institutions they are supposed to protect, the recipe is almost perfect. The European Union, with its complex Institutions which ignore the separation of powers and the answerability of the executive to a lower Chamber, its Council taking the most serious of decisions unmonitored and beyond appeal, has none of the democratic characteristics which render political power acceptable to the citizen.

Is this accusation unfair? After all, it must be admitted that incompetent action notwithstanding, the Euro has been saved. Does the illegitimacy of what has happened cloak the fact that the governments sitting in Brussels are themselves democratic?
The proof of the pudding is in the eating. The Euro has been saved, but at what cost, and for how long? And what prospects of economic recovery has it left us with?
Decisions are taken in Brussels, but who takes them, and how? No minutes are taken of European summits, the reasons why decisions are taken, the positions adopted by this party or that remain secret, barely hinted at by tortuous official statements or by press articles drafted by correspondents carefully kept at arm’s length from the discussions.

The European Union seems all the more like an untameable monster, indifferent to the people’s wishes because in the countries which comprise that Union, citizens can vote as they please, left or right, and it has absolutely zero impact on the course being followed by the Union.

It is hardly surprising that such a political vacuum creates Euroscepticism. Institutions which have no real added value which the people can see with their own eyes are doomed. Experts will, of course, explain that only Europe has the critical size needed to interact with the large economic blocs which occupy a globalised world. But nobody pays any attention, because in the first place there is no shortage of small states which display a highly satisfactory economic performance, and in the second, the European Union has utterly failed in its mission to defend an area of shared prosperity.

The disillusionment expressed by the people regarding the integration of Europe reveals a movement which is thoroughgoing and powerful, and it will be very hard to turn it around. We have already reached a stage where all appearances suggest that if a referendum were held today in the United Kingdom, as the present government has promised, it would choose to stop spending right now. And indeed, Eurosceptic movements exist in all the other countries, some of which are gathering considerable momentum and are in a position to be able to help forge a negative majority opinion as to the pursuit of European integration.

So will the European Union still exist in 2024? If current trends continue, nothing could be less certain. For a long time now, the national governments have nominated boneless figures at the helm of European Institutions, have been riding roughshod over Community decision-making processes and the feeble powers of the Parliament, taking powers back or duplicating them, indifferent to the ensuing budgetary waste. They encourage local corruption by the misappropriation of funds, made possible by deliberately complex procedures, thumbing their noses, year after year, at the reports issued by the Court of Auditors. The EU has already become little more than a shadow-play, a structure which is little more than a puppet which can conveniently take the blame for decisions taken by national governments. They have murdered the European dream.

And yet a genuine European Union has never been more essential. No solutions exist for any of the grave problems which bedevil Europe which are not common to all. Only a single unified European voice can really carry any weight in the global discussion. The a contrario demonstration of this is provided by the simple fact that although they may have this voice, the EU governments never stop coordinating with one another, their managers never cease meeting. They are very aware of the fact that a return to the nation states in Europe would mean that decline would accelerate, that although it might seem comfortable at first, it would swiftly lead to the destruction of values, wealth and even the identities of the nations of Europe.

Is it possible to reverse the trend?

The European Union must rediscover its relevance to the citizens, and such relevance can only emerge from a European political project. This will not be achieved with fancy words and sententious expressions, in which nobody believes any more. A European political project must offer real solutions for the huge challenges which face us all: unemployment, retirement pensions and social protection, education, economic and financial governance, and so on. This political project must be credible, in other words it must be supported by a budget and a structure capable of putting it into effect, unlike the pathetic ‘Lisbon strategy’ or ‘Europe 2020’.

The structure of EU governance must become a democratic structure, a structure which complies with the constitutional principles followed at the national level in the Member States. The principle of one person, one vote, must be respected at the level of the Lower House, that is, each Member of Parliament must be elected by a roughly equal number of citizens. The Upper Chamber can represent the States. The executive power must be separate from the legislature, but must be answerable to the Lower Chamber. A constitutional monitoring mechanism must be in place so that the respective powers of the Union and the Member States can be protected. The Union must have its own budget and its own resources. This democratic simplification is the necessary condition for electors to be able to understand the issues and genuinely use their votes to press for the policies they have chosen.

For the EU to survive until 2024, the foundations will have to be rebuilt. An important step in 2014 will make it possible for us to understand whether survival is possible: the European elections. Will these elections witness the absence of usual debate on European issues to the profit of purely national issues? If the answer is yes, the EU will be dead in 2024. Shall we see the organisation of political parties as European groups with shared political tendencies, presenting a genuinely European programme and putting forward a team which will form the future European Commission if elected? If the answer here is no, the EU will be dead in 2024. Will these elections hear of the lessons learned from the crises and the re-establishment of an EU equipped with the powers, structures and budget needed to frame a genuine European political agenda? Again, if the answer is no, the EU will be dead in 2024. Will the European families of political parties be proposing a genuine European programme crafted to provide a response to the major issues which beset us today? If not, the EU will be dead in 2024.

The 2014 European elections are almost upon us. If those who still believe that a political Europe is essential to preserve our kind of society fail to organise at the European level, fail to present their solutions to the electors and let things fall apart, then there is every likelihood that between now and 2024 the EU will disappear.

 

L’Union européenne n’est pas une option, mais
une obligation

elle a besoin d’une fonction publique
compétente, indépendante et permanente.

English version

Nous personnel des Institutions européennes, sommes conscients que travailler auprès des Institutions européennes signifie participer à la réalisation d'un projet politique unique: la construction d'une Union qui rassemble aujourd’hui 27 états et plus de cinq cents millions de citoyens. Il y a à peine quelques décennies, avant le Traité de Rome, ces états s’entredéchiraient pour affirmer leur suprématie économique et culturelle.

Cette Union, qui se veut la plus grande révolution pacifique jamais vue au monde1, doit se fonder sur le multi-culturalisme. Toutes les cultures, et par conséquent, toutes les langues, ont la même dignité. Le multi-culturalisme étant une richesse et non une difficulté, il est reconnu comme tel dans le Traité de Lisbonne.

Toutefois, les interprétations du concept d’Union diffèrent très fortement selon les états membres. En simplifiant, certains n’y voient qu’une simple zone de libre échange alors que d’autres la conçoivent comme un projet qui devra aboutir à une vraie Union européenne avec un pouvoir décisionnel, de plus en plus représenté par le Parlement européen et avec de plus en plus de domaines de compétence.

Il est clair que le service public européen devra être modelé en fonction du choix politique qui sera fait. Une simple zone de libre échange ne nécessite pas une fonction publique compétente, indépendante et permanente. En revanche, dans une vraie Union européenne, cette fonction publique sera indispensable pour assurer l’intérêt général. Ceci est vrai aussi pour la “méthode communautaire2” , qui assure l’intérêt général de tous les états membres indépendamment de leur poids économique, et qui s’oppose à la méthode inter-gouvernementale, laquelle risque de privilégier les grands états membres et les puissants lobbies économiques.

Une première grande attaque du fonctionnement des institutions européennes est venue des partisans de la zone de libre échange et a été menée par le Vice-président de la Commission de l'époque, Neil Kinnock.

Ne pouvant pas déclarer s’opposer à la construction européenne, ceci étant politiquement incorrect, le VP Kinnock a prôné des réformes censées “améliorer” la transparence et l’efficacité des services et a tenté d’imposer une “culture unique”.

Il suffisait en effet, pour ralentir et enfin bloquer la construction européenne que le moteur de la construction, la Commission, ne fonctionne plus.

Et c’est ainsi qu’avec l’introduction de règles de gestion tellement lourdes, la Commission ne travaille presque plus que pour ses procédures internes. Seule une petite partie du personnel “produit” pour l’extérieur. Dans ces conditions, l’UE s’éloigne de plus en plus des besoins réels de ses citoyens.

L’autre grande “innovation” introduite par la réforme Kinnock est la mobilité obligatoire à tous les niveaux. Celle-ci a fragilisé la haute hiérarchie qui n’est plus compétente techniquement et n’assure plus que le management des services. Alors que dans le passé, le jeune fonctionnaire “faisait sa mobilité” et, en même temps, se formait. Ainsi au fur et mesure de son avancement dans la carrière il approfondissait ses compétences et diversifiait ses connaissances pour être prêt à assumer des responsabilités dans son secteur de compétence. De cette manière, la Commission disposait de personnel hautement qualifié. Aujourd’hui, on observe que la mobilité forcée des fonctionnaires, quel que soit leur grade, a très souvent conduit à la perte de la mémoire historique et a contribué à la démotivation au sein des services.

Mais des “innovations” plus démotivantes encore sont advenues : l’allongement de la carrière vers le bas et l’introduction d’une nouvelle figure de personnel (les agents contractuels, AC).

Tout d’abord, le nouveau grade de démarrage de la carrière, notamment pour les universitaires (AD5), n’est plus tellement attrayant pour les jeunes. Aux concours généraux, quelques nationalités sont désormais absentes. Le risque est que bientôt il n’y aura que certaines nationalités parmi les nouveaux recrutés.

De plus, l’autre grand problème est que la relève interne du haut management est quasi impossible pour les fonctionnaires recrutés au grade de base (AD5). Le jeune fonctionnaire entré en AD5 à 30 ans, devra, pour accéder à un poste du haut management (AD14, AD 15), bénéficier d’au moins 9 promotions. Il faut compter trois/quatre ans pour chaque promotion en moyenne, soit une bonne trentaine d’années ; il pourrait être prêt à assumer des responsabilités quand il aura 60 ans! De cette manière, le personnel “non cadre” serait donc recruté par concours ou sélection et la hiérarchie, par parachutage des capitales et des lobbies externes. Ceci sera la fin de l’indépendance de la fonction publique européenne. Et, dans cette situation, il est certain que les “grands” états membres pourront “se servir” et imposer leur “grands commis”.

Le contrat d’AC est une vraie discrimination et exploitation. Ces collègues font le même travail que les fonctionnaires, mais sont payés beaucoup moins et sont précaires (ne pouvant travailler que 3 ans dans les services de la Commission).

Contrairement aux attaques contre une fonction publique européenne qui serait trop chère, il faut savoir que les coûts administratifs pour cette fonction publique ne représentent que 5,7% du budget communautaire, dont seulement 2,6% concerne les salaires !!!

In fine, on découvre que la vraie motivation de ces réductions n’a pas été des améliorations budgétaires significatives, mais plutôt la volonté de décourager les candidats les plus performants d’entrer dans la fonction publique européenne et de “nationaliser” notamment la haute hiérarchie.

La réforme Kinnock a déjà permis des “économies” de 3 milliards d’euros à ce jour et fera économiser encore 5 milliards jusqu’à 2020. Mais elle a presque bloqué le fonctionnement de la Commission, empêchant ainsi cette Institution de jouer pleinement son rôle. La Commission devient de plus en plus le secrétariat des états membres, ou plus exactement, de certains états membres. La Commission est en train de perdre ainsi son rôle de proposition, et, donc, de moteur de la construction européenne.

Pourtant, dans un monde caractérisé par une mondialisation sauvage et par des crises financières sciemment non contrôlées, le seul moyen pour sauvegarder le modèle social européen est la réalisation d’une Union européenne démocratique et stable. Pour se faire, il faut que certaines conditions puissent se concrétiser:

- une participation active et consciente de ses citoyens;

- un travail dans l’intérêt général;

- une solidarité accrue.

Aujourd’hui, les citoyens européens, notamment les jeunes, prennent pour acquis tout ce qui a été réalisé après la signature du Traité de Rome, le 25 mars 1957. Et pour eux, l’Europe est vécue comme une contrainte et non comme une opportunité.

Comment en sommes-nous arrivés là? L’Union européenne a négligé sa relation avec ses citoyens.

L’Europe parle très souvent un langage incompréhensible pour le citoyen. Mais plus grave encore, les politiques nationaux se déchargent souvent de leurs responsabilités sur l’Europe, qui apparaît si lointaine à ses citoyens : “Bruxelles a décidé …”. Le citoyen ignore que les décisions finales sont prises par ses propres ministres et que “Bruxelles” ne peut que proposer!

Personne n’explique que beaucoup de progrès ont été réalisés grâce au fait que nos Etats membres ont décidé de travailler ensemble : l’Euro, Erasmus, la baisse des prix de certains services : vols aériens, télécommunications, la libre circulation des personnes, etc.

Et surtout, personne n’explique qu’une vraie Union européenne n’est pas une option, mais une obligation si nous voulons faire face aux défis actuels (mondialisation sauvage, crises financières incontrôlables, pour ne citer que les majeurs) sans perdre notre modèle de vie. Aucun état membre, petit ou grand soit-il , ne pourra faire face à ces défis tout seul!

Les citoyens doivent en être conscients et demander à leur représentants politiques d’oeuvrer pour réaliser le plus tôt possible une Union européenne forte, démocratique et stable. De leur côté, les Institutions européennes, notamment la Commission, doivent s’impliquer pour informer plus largement les citoyens des politiques et des actions conduites au niveau européen et leur faire connaître, de manière claire et accessible, les effets de ces actions sur leur vie quotidienne et sur leur avenir.

Trois principes commandent la voie vers une vraie Union européenne:

● L’équilibre institutionnel doit être respecté et le rôle du PE et de la Commission renforcé.

● La fonction publique doit continuer à être compétente, indépendante et permanente.

● La méthode communautaire doit être renouvelée et renforcée.

Si l’Union européenne n’est pas capable de se renforcer, les égoïsmes nationaux vont refaire surface et la modeste construction réalisée depuis le Traité de Rome risque de s’écrouler : il n’y aura pas de gagnants parmi les européens, nous seront tous des perdants.

Nous personnel des Institutions européennes nous sommes prêts à nous battre pour sauvegarder le modèle social et économique européen et ainsi faisant nos spécificités culturelles et l’avenir de notre société.

Franco Ianniello

1. Le Traité de Lisbonne dit dans son article premier :"L'Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d'égalité, de l'État de droit, ainsi que de respect des droits de l'homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités. Ces valeurs sont communes aux États membres dans une société caractérisée par le pluralisme, la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité et l'égalité entre les femmes et les hommes”

2. AVIS du Comité économique et social européen “La rénovation de la méthode communautaire (lignes directrices)” Malosse-Dassis

 

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Page modifiée le 15 avril 2013

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