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L’union européenne survivra-t-elle en 2024 ?
L’union européenne survivra-t-elle en 2024 ?
L’Europe était une belle idée. Un espace de paix et de réconciliation entre
les belligérants, après une guerre particulièrement atroce. Une troisième voie
entre les deux superpuissances qui se faisaient face lors de la guerre froide,
alors même que les pays constitutifs de l’époque appartenaient au bloc
occidental. Un espace de progrès social et de prospérité, grâce à un marché
commun. Un havre accueillant des pays méditerranéens sortant de leurs dictatures
d’inspiration fasciste, facilitant leur transition démocratique. Puis, un havre
accueillant d’ex-pays du bloc soviétique dans le même but. Un espace de
solidarité, aidant les régions appauvries à rattraper leur retard. Un mécanisme
pour permettre la diffusion des valeurs fondamentales et pour harmoniser par le
haut les droits sociaux, c'est-à-dire pour permettre à ceux qui n’en
bénéficiaient pas encore de les acquérir.
La construction européenne s’inscrivait dans un contexte plus général de
remise en cause des frontières, de limitation de souveraineté quand la paix
était menacée (d’où la création du Conseil de Sécurité de l’ONU), de
décolonisation et d’aide au développement du Tiers-Monde. Il s’agissait d’une
utopie constructive, générant des progrès réels quoique partiels et fragiles.
Le succès de la construction européenne a généré ses propres obstacles. Avant
même la crise actuelle, certaines régions ou certains pays riches ont commencé à
se demander pourquoi poursuivre un effort de solidarité à long terme, d’autant
plus que les adhésions nouvelles entraînaient des besoins considérables. L’oubli
des erreurs passées et particulièrement des effets mortels d’un nationalisme
effréné a permis à certains de se revendiquer souverainistes pour s’exonérer de
l’obligation de négocier avec leurs partenaires et d’accepter des compromis.
La tentation du repli sur soi a été surtout renforcée par la mutation
économique due à une politique mal maîtrisée, trop rapide, de mondialisation.
Certains pays ont eu plus de difficultés que d’autres à remplacer les activités
qui fuyaient vers les pays émergents par de nouveaux secteurs économiques et à
dire vrai, quelques pays n’y sont pas parvenus. La migration des salariés vers
des emplois non industriels n’a pas été facile, pour certains, elle a été
impossible, malgré les efforts de formation professionnelle. De nombreux
individus se sont retrouvés voués à un chômage définitif suivi d’une retraite
difficile. Les promesses d’un espace de prospérité européen n’ont pu être
tenues. Ni l’Union européenne ni les gouvernements nationaux n’ont su mettre en
place une politique industrielle et de développement économique pour gérer les
mutations, conséquence d’une politique de libéralisation des échanges qui, elle,
a été menée tambour battant et même aveuglément, au seul profit de certains
grands groupes industriels et bancaires.
La crise née du choc des subprimes (conséquence d’une politique de
déréglementation activement menée par les gouvernements) a considérablement
aggravé les choses. La nationalisation inconsidérée des pertes bancaires a
entraîné une explosion de l’endettement des États, c'est-à-dire des
contribuables. La crise bancaire a muté en crise financière, puis en crise
économique. Il s’agit là d’un cataclysme d’autant plus affolant pour les
citoyens que l’Union Européenne a étalé publiquement de sommet en sommet son
impuissance et son incompétence. Chaque sommet européen donnait lieu à des
communiqués annonçant des solutions, pour être suivi d’une rapide aggravation
des choses rendant nécessaire un autre sommet. Les solutions trouvées devenaient
de plus en plus dures pour les citoyens de certains pays, organisant leur
spoliation par une pression fiscale exorbitante, par la diminution des
retraites, par la disparition des emplois et récemment, la ponction de leurs
dépôts bancaires. Les citoyens des pays épargnés, jusqu’à présent, n’en sont
guère rassurés car on voit bien que la menace peut très rapidement s’étendre à
d’autres pays. Le modèle social européen est gravement menacé. Même dans les
pays riches, l’ordre du jour est à l’austérité durable. Par ailleurs,
l’Allemagne, qui joue les premiers de la classe, commence à s’inquiéter des
conséquences possibles de son impopularité auprès des autres peuples.
A l’incompétence s’ajoute l’illégitimité. La Troïka en est le symbole. Un
concept mystérieux avec un nom fleurant bon le despotisme soviétique, des
technocrates non élus aux commandes, des mesures impopulaires, le mépris des
institutions démocratiques mises sous tutelle, la recette est presque parfaite.
L’Union Européenne, avec ses institutions complexes ne respectant pas les
principes de séparation des pouvoirs et de responsabilité de l’exécutif devant
une chambre basse, son Conseil qui prend des décisions gravissimes sans contrôle
ni recours effectif, n’a aucune des caractéristiques démocratiques qui rendent
le pouvoir politique acceptable par les citoyens.
La charge est-elle injuste ? Après tout, le procès en incompétence doit être
nuancé par le fait que l’Euro a été sauvé. Le procès en illégitimité
n’occulte-t-il pas le fait que ce sont des gouvernements démocratiques qui
siègent à Bruxelles ?
La vérité est que le citoyen juge l’arbre à son fruit. L’Euro a été sauvé, mais
à quel prix et pour combien de temps ? Et pour quelles perspectives de reprise
économique ?
Des décisions sont prises à Bruxelles, mais qui les prend, et comment ? Il n’y a
aucun compte-rendu des sommets européens, les motivations des décisions et les
positions des uns et des autres restent secrètes, à peine retracées par des
déclarations officielles alambiquées ou par des articles journalistiques rédigés
par des correspondants tenus soigneusement à l’écart des débats.
L’Union européenne apparaît d’autant plus comme un monstre ingouvernable et
insensible à la volonté populaire que dans les pays qui la constituent, le
citoyen peut bien voter comme il lui plait, à gauche ou à droite, ça ne change
rien à la course du bateau.
Il n’est donc pas étonnant que ce déficit politique crée de l’euroscepticisme.
Les institutions qui n’ont pas de valeur ajoutée réelle, visible pour leurs
citoyens sont condamnées à disparaître. Certes, les experts expliqueront que
seule l’Europe a la taille critique pour interagir avec les grands blocs
économiques d’une économie mondialisée. Mais ce discours est inaudible, d’une
part parce que de petits États s’en sortent très bien économiquement et d’autre
part parce que l’Union européenne a effectivement failli dans sa mission de
protection d’un espace commun de prospérité.
La désaffection des citoyens pour la construction européenne est un mouvement
de fond, puissant et difficilement réversible. Déjà, le Royaume-Uni, si un
référendum était effectivement organisé comme promis par son gouvernement
actuel, choisirait selon toute vraisemblance d’arrêter là les frais. Mais dans
tous les autres pays, des mouvements eurosceptiques existent, dont certains ont
le vent en poupe et qui risquent bien de contribuer à forger une opinion
majoritairement négative quant à la poursuite de la construction européenne.
Alors, l’Union Européenne survivra-t-elle en 2024 ? Si les tendances
actuelles se poursuivent, rien n’est moins sûr. Depuis longtemps, les
gouvernements nationaux s’ingénient à peupler les institutions européennes
d’ectoplasmes aux postes dirigeants, ils foulent aux pieds les processus de
décision communautaires et les maigres droits du Parlement, ils renationalisent
les compétences ou les dupliquent, sans souci de la gabegie budgétaire. Ils
favorisent la corruption locale grâce aux détournements de fonds, rendus
possible par des procédures intentionnellement complexes, en se moquant, année
après année, des rapports de la Cour des Comptes. Déjà, l’UE n’est qu’un théâtre
d’ombres, fort commode pour faire porter le chapeau des décisions
gouvernementales par une structure qui n’est en définitive qu’une marionnette.
Ils ont tué le rêve européen.
Et pourtant, jamais une vraie union européenne n’a été plus indispensable.
Aucun des grands problèmes qui affectent l’Europe ne peut trouver de vraie
solution qui ne soit commune. Seule une voix commune européenne peut vraiment
peser dans le concert mondial. La démonstration a contrario en est fournie par
le simple fait que quoi qu’ils en aient, les gouvernements de l’UE se
coordonnent en permanence et que leurs dirigeants se rencontrent intensivement.
Ils sont très conscients que le retour aux Etats-nation en Europe signifierait
l’accélération d’un déclin, peut-être confortable d’abord, mais rapidement
destructif des valeurs, des richesses et même des identités des nations
européennes.
Peut-on renverser la tendance ?
Il faut que l’union européenne retrouve sa pertinence vis-à-vis des citoyens.
Cette pertinence ne peut résulter que d’un projet politique européen. Non pas
avec des grands mots et des grands sentiments, auxquels plus personne ne croit.
Un projet politique européen doit proposer des réponses concrètes aux grands
défis communs : déficit d’emplois, financement des retraites et de la protection
sociale, éducation, gouvernance économique et financière… Ce projet politique
doit être crédible, c'est-à-dire soutenu par un budget et une structure capable
de le mettre en œuvre au contraire des pitoyables ‘stratégie de Lisbonne’ ou
‘Europe 2020’.
La structure de gouvernance de l’UE doit devenir une structure démocratique,
c'est-à-dire se conformer aux principes constitutionnels suivis au niveau
national des États membres. Le principe un homme, une voix doit être respecté au
niveau de la chambre basse, c'est-à-dire que chaque parlementaire doit être élu
par un nombre sensiblement égal de citoyens. Une chambre haute peut représenter
les États. Le pouvoir exécutif doit être séparé du législatif, mais responsable
devant la chambre basse. Un mécanisme de contrôle constitutionnel doit permettre
la sauvegarde des compétences respectives de l’Union et des États membres.
L’Union doit avoir son budget propre et ses propres ressources. Cette
simplification démocratique est la condition nécessaire pour que l’électeur
puisse comprendre les enjeux et réellement peser par son vote sur la politique
choisie.
Cette refondation est nécessaire pour que l’UE survive en 2024. Une étape
importante en 2014 permettra de comprendre si cette survie est possible : les
élections européennes. Aura-t-on lors de ces élections l’absence de débat
habituelle sur les enjeux européens au profit des enjeux purement nationaux ? Si
oui, l’UE ne vivra pas en 2024. Aura-t-on un rassemblement des partis politiques
en groupements européens, selon leur tendance politique, pour présenter un
programme réellement européen et proposer une équipe qui formera la future
Commission européenne en cas de succès électoral ? Si non, l’UE ne vivra pas en
2024. Parlera-t-on lors de ces élections des leçons des crises et de la
refondation d’une UE dotée des compétences, des structures et du budget
nécessaire pour la définition d’un vrai programme politique européen ? Si non,
l’UE ne vivra pas en 2024. Les familles européennes des partis politiques
proposeront-elles un programme européen concret pour trouver une réponse aux
grands problèmes du jour ? Si non, l’UE ne vivra pas en 2024.
Il reste peu de temps d’ici aux élections européennes de 2014. Si ceux qui
croient encore qu’une Europe politique est indispensable pour préserver notre
modèle de société ne s’organisent pas au niveau européen, ne présentent pas
leurs solutions aux électeurs, s’ils laissent les choses aller à vau l’eau,
alors l’UE a toutes les chances de disparaître d’ici 2024.
Will the European Union still exist in 2024?
Europe was a beautiful idea. It was to be a space for
peace and reconciliation between the combatants after a particularly brutal
war; a third way between the superpowers who were squaring up to each other
in the Cold War, even while the founder countries belonged to the western
bloc; a space for social progress and prosperity, thanks to a common market;
a welcoming haven for the Mediterranean countries emerging from the
fascist-leaning dictatorships, easing their way to democracy; and then a
welcoming haven for the former members of the Soviet bloc for the same
reason; a space for solidarity, helping the impoverished regions to catch
up; a mechanism to stimulate the sharing of fundamental values and for
harmonising social rights on a higher level, in other words to ensure that
those who had never enjoyed such rights would acquire them.
European integration was to take place in a wider
context of relaxing borders, limiting sovereignty when peace was threatened
(hence the creation of a UN Security Council), of decolonisation and
development aid to the Third World. It was to be a constructive utopia,
generating real progress, albeit partial and fragile.
The success of European integration has created its
own obstacles. Even before the current crisis, some regions or wealthier
nations had begun to wonder why they needed to continue working towards such
long-term solidarity, especially as new members were burdened by serious
needs. Oblivious of past mistakes and particularly of the lethal effects of
unrestrained nationalism, some nations claimed the right to stand above it,
thus freeing themselves of the obligation to negotiate with their partners
and to accept compromise.
The temptation to turn in on themselves was especially
buttressed by the economic transformations brought about by poorly
understood and over-rapid globalisation. Some nations experienced greater
difficulties than others in substituting their former activities which had
fled to the emerging economies with new economic sectors, and the fact is
that some countries have simply failed to do so. The transfer of skills to
non-industrial jobs was not easy for many workers, and for some was simply
impossible, despite occupational training schemes. Many found themselves
doomed to long-term unemployment leading into difficult retirement. Neither
the European Union nor the national governments had any idea how to set up
an industrial and economic development policy capable of managing the
changes which were the outcome of trade liberalisation policies which had
triumphantly and even blindly marched in, only to profit a handful of huge
industrial and banking organisations.
The crisis born of the sub-prime mortgage shock (the
outcome of a deregulation policy actively implemented by governments) made
things much worse. The thoughtless nationalisation of banking losses led to
an explosion of national debt, or in other words, of taxpayer debt. The
banking crisis morphed into a financial crisis, then into an economic
crisis. This was a cataclysm that was all the more terrifying for Europe’s
citizens as the Union publicly spotlighted its impotence and incompetence at
summit after summit. Each European summit produced statements announcing
solutions which were speedily followed by a further deterioration in the
situation leading to yet another summit. The solutions adopted became more
and more painful for the people of some countries, which attempted to cope
with their bankruptcies by exorbitant fiscal pressure, slashing retirement
pensions, axing jobs and recently raiding the people’s actual bank accounts.
Nor are the citizens of the countries spared in any way comforted, because
it is all too clear that the threat can swiftly spread to other nations. The
European social model is under serious threat. Even in the wealthy countries
the order of the day is sustainable austerity. And now Germany herself, so
far the top of the class, has begun to worry about the potential
consequences of her unpopularity among the other countries.
Incompetence is twinned with illegality. The Troika is
a symbol this. A mysterious concept whose name hints at Soviet despotism,
consisting of technocrats with no peoples’ mandate to command, unpopular
measures, scorn for the democratic Institutions they are supposed to
protect, the recipe is almost perfect. The European Union, with its complex
Institutions which ignore the separation of powers and the answerability of
the executive to a lower Chamber, its Council taking the most serious of
decisions unmonitored and beyond appeal, has none of the democratic
characteristics which render political power acceptable to the citizen.
Is this accusation unfair? After all, it must be
admitted that incompetent action notwithstanding, the Euro has been saved.
Does the illegitimacy of what has happened cloak the fact that the
governments sitting in Brussels are themselves democratic?
The proof of the pudding is in the eating. The Euro has been saved, but at
what cost, and for how long? And what prospects of economic recovery has it
left us with?
Decisions are taken in Brussels, but who takes them, and how? No minutes are
taken of European summits, the reasons why decisions are taken, the
positions adopted by this party or that remain secret, barely hinted at by
tortuous official statements or by press articles drafted by correspondents
carefully kept at arm’s length from the discussions.
The European Union seems all the more like an
untameable monster, indifferent to the people’s wishes because in the
countries which comprise that Union, citizens can vote as they please, left
or right, and it has absolutely zero impact on the course being followed by
the Union.
It is hardly surprising that such a political vacuum
creates Euroscepticism. Institutions which have no real added value which
the people can see with their own eyes are doomed. Experts will, of course,
explain that only Europe has the critical size needed to interact with the
large economic blocs which occupy a globalised world. But nobody pays any
attention, because in the first place there is no shortage of small states
which display a highly satisfactory economic performance, and in the second,
the European Union has utterly failed in its mission to defend an area of
shared prosperity.
The disillusionment expressed by the people regarding
the integration of Europe reveals a movement which is thoroughgoing and
powerful, and it will be very hard to turn it around. We have already
reached a stage where all appearances suggest that if a referendum were held
today in the United Kingdom, as the present government has promised, it
would choose to stop spending right now. And indeed, Eurosceptic movements
exist in all the other countries, some of which are gathering considerable
momentum and are in a position to be able to help forge a negative majority
opinion as to the pursuit of European integration.
So will the European Union still exist in 2024? If
current trends continue, nothing could be less certain. For a long time now,
the national governments have nominated boneless figures at the helm of
European Institutions, have been riding roughshod over Community
decision-making processes and the feeble powers of the Parliament, taking
powers back or duplicating them, indifferent to the ensuing budgetary waste.
They encourage local corruption by the misappropriation of funds, made
possible by deliberately complex procedures, thumbing their noses, year
after year, at the reports issued by the Court of Auditors. The EU has
already become little more than a shadow-play, a structure which is little
more than a puppet which can conveniently take the blame for decisions taken
by national governments. They have murdered the European dream.
And yet a genuine European Union has never been more
essential. No solutions exist for any of the grave problems which bedevil
Europe which are not common to all. Only a single unified European voice can
really carry any weight in the global discussion. The a contrario
demonstration of this is provided by the simple fact that although they may
have this voice, the EU governments never stop coordinating with one
another, their managers never cease meeting. They are very aware of the fact
that a return to the nation states in Europe would mean that decline would
accelerate, that although it might seem comfortable at first, it would
swiftly lead to the destruction of values, wealth and even the identities of
the nations of Europe.
Is it possible to reverse the trend?
The European Union must rediscover its relevance to
the citizens, and such relevance can only emerge from a European political
project. This will not be achieved with fancy words and sententious
expressions, in which nobody believes any more. A European political project
must offer real solutions for the huge challenges which face us all:
unemployment, retirement pensions and social protection, education, economic
and financial governance, and so on. This political project must be
credible, in other words it must be supported by a budget and a structure
capable of putting it into effect, unlike the pathetic ‘Lisbon strategy’ or
‘Europe 2020’.
The structure of EU governance must become a
democratic structure, a structure which complies with the constitutional
principles followed at the national level in the Member States. The
principle of one person, one vote, must be respected at the level of the
Lower House, that is, each Member of Parliament must be elected by a roughly
equal number of citizens. The Upper Chamber can represent the States. The
executive power must be separate from the legislature, but must be
answerable to the Lower Chamber. A constitutional monitoring mechanism must
be in place so that the respective powers of the Union and the Member States
can be protected. The Union must have its own budget and its own resources.
This democratic simplification is the necessary condition for electors to be
able to understand the issues and genuinely use their votes to press for the
policies they have chosen.
For the EU to survive until 2024, the foundations will
have to be rebuilt. An important step in 2014 will make it possible for us
to understand whether survival is possible: the European elections. Will
these elections witness the absence of usual debate on European issues to
the profit of purely national issues? If the answer is yes, the EU will be
dead in 2024. Shall we see the organisation of political parties as European
groups with shared political tendencies, presenting a genuinely European
programme and putting forward a team which will form the future European
Commission if elected? If the answer here is no, the EU will be dead in
2024. Will these elections hear of the lessons learned from the crises and
the re-establishment of an EU equipped with the powers, structures and
budget needed to frame a genuine European political agenda? Again, if the
answer is no, the EU will be dead in 2024. Will the European families of
political parties be proposing a genuine European programme crafted to
provide a response to the major issues which beset us today? If not, the EU
will be dead in 2024.
The 2014 European elections are almost upon us. If
those who still believe that a political Europe is essential to preserve our
kind of society fail to organise at the European level, fail to present
their solutions to the electors and let things fall apart, then there is
every likelihood that between now and 2024 the EU will disappear.
L’Union européenne n’est pas une option, mais
une obligation
elle a besoin d’une fonction publique
compétente, indépendante et permanente.
Nous personnel des Institutions européennes, sommes conscients que travailler
auprès des Institutions européennes signifie participer à la réalisation d'un
projet politique unique: la construction d'une Union qui rassemble aujourd’hui
27 états et plus de cinq cents millions de citoyens. Il y a à peine quelques
décennies, avant le Traité de Rome, ces états s’entredéchiraient pour affirmer
leur suprématie économique et culturelle.
Cette Union, qui se veut la plus grande révolution pacifique jamais vue au
monde1,
doit se fonder sur le multi-culturalisme. Toutes les cultures, et par
conséquent, toutes les langues, ont la même dignité. Le multi-culturalisme étant
une richesse et non une difficulté, il est reconnu comme tel dans le Traité de
Lisbonne.
Toutefois, les interprétations du concept d’Union diffèrent très fortement
selon les états membres. En simplifiant, certains n’y voient qu’une simple zone
de libre échange alors que d’autres la conçoivent comme un projet qui devra
aboutir à une vraie Union européenne avec un pouvoir décisionnel, de plus en
plus représenté par le Parlement européen et avec de plus en plus de domaines de
compétence.
Il est clair que le service public européen devra être modelé en fonction du
choix politique qui sera fait. Une simple zone de libre échange ne nécessite pas
une fonction publique compétente, indépendante et permanente. En revanche, dans
une vraie Union européenne, cette fonction publique sera indispensable pour
assurer l’intérêt général. Ceci est vrai aussi pour la “méthode communautaire2”
, qui assure l’intérêt général de tous les états membres indépendamment de leur
poids économique, et qui s’oppose à la méthode inter-gouvernementale, laquelle
risque de privilégier les grands états membres et les puissants lobbies
économiques.
Une première grande attaque du fonctionnement des institutions européennes
est venue des partisans de la zone de libre échange et a été menée par le
Vice-président de la Commission de l'époque, Neil Kinnock.
Ne pouvant pas déclarer s’opposer à la construction européenne, ceci étant
politiquement incorrect, le VP Kinnock a prôné des réformes censées “améliorer”
la transparence et l’efficacité des services et a tenté d’imposer une “culture
unique”.
Il suffisait en effet, pour ralentir et enfin bloquer la construction
européenne que le moteur de la construction, la Commission, ne fonctionne plus.
Et c’est ainsi qu’avec l’introduction de règles de gestion tellement lourdes,
la Commission ne travaille presque plus que pour ses procédures internes. Seule
une petite partie du personnel “produit” pour l’extérieur. Dans ces conditions,
l’UE s’éloigne de plus en plus des besoins réels de ses citoyens.
L’autre grande “innovation” introduite par la réforme Kinnock est la mobilité
obligatoire à tous les niveaux. Celle-ci a fragilisé la haute hiérarchie qui
n’est plus compétente techniquement et n’assure plus que le management des
services. Alors que dans le passé, le jeune fonctionnaire “faisait sa mobilité”
et, en même temps, se formait. Ainsi au fur et mesure de son avancement dans la
carrière il approfondissait ses compétences et diversifiait ses connaissances
pour être prêt à assumer des responsabilités dans son secteur de compétence. De
cette manière, la Commission disposait de personnel hautement qualifié.
Aujourd’hui, on observe que la mobilité forcée des fonctionnaires, quel que soit
leur grade, a très souvent conduit à la perte de la mémoire historique et a
contribué à la démotivation au sein des services.
Mais des “innovations” plus démotivantes encore sont advenues : l’allongement
de la carrière vers le bas et l’introduction d’une nouvelle figure de personnel
(les agents contractuels, AC).
Tout d’abord, le nouveau grade de démarrage de la carrière, notamment pour
les universitaires (AD5), n’est plus tellement attrayant pour les jeunes. Aux
concours généraux, quelques nationalités sont désormais absentes. Le risque est
que bientôt il n’y aura que certaines nationalités parmi les nouveaux recrutés.
De plus, l’autre grand problème est que la relève interne du haut management
est quasi impossible pour les fonctionnaires recrutés au grade de base (AD5). Le
jeune fonctionnaire entré en AD5 à 30 ans, devra, pour accéder à un poste du
haut management (AD14, AD 15), bénéficier d’au moins 9 promotions. Il faut
compter trois/quatre ans pour chaque promotion en moyenne, soit une bonne
trentaine d’années ; il pourrait être prêt à assumer des responsabilités quand
il aura 60 ans! De cette manière, le personnel “non cadre” serait donc recruté
par concours ou sélection et la hiérarchie, par parachutage des capitales et des
lobbies externes. Ceci sera la fin de l’indépendance de la fonction publique
européenne. Et, dans cette situation, il est certain que les “grands” états
membres pourront “se servir” et imposer leur “grands commis”.
Le contrat d’AC est une vraie discrimination et exploitation. Ces collègues
font le même travail que les fonctionnaires, mais sont payés beaucoup moins et
sont précaires (ne pouvant travailler que 3 ans dans les services de la
Commission).
Contrairement aux attaques contre une fonction publique européenne qui serait
trop chère, il faut savoir que les coûts administratifs pour cette fonction
publique ne représentent que 5,7% du budget communautaire, dont seulement 2,6%
concerne les salaires !!!
In fine, on découvre que la vraie motivation de ces réductions n’a pas été
des améliorations budgétaires significatives, mais plutôt la volonté de
décourager les candidats les plus performants d’entrer dans la fonction publique
européenne et de “nationaliser” notamment la haute hiérarchie.
La réforme Kinnock a déjà permis des “économies” de 3 milliards d’euros à ce
jour et fera économiser encore 5 milliards jusqu’à 2020. Mais elle a presque
bloqué le fonctionnement de la Commission, empêchant ainsi cette Institution de
jouer pleinement son rôle. La Commission devient de plus en plus le secrétariat
des états membres, ou plus exactement, de certains états membres. La Commission
est en train de perdre ainsi son rôle de proposition, et, donc, de moteur de la
construction européenne.
Pourtant, dans un monde caractérisé par une mondialisation sauvage et par des
crises financières sciemment non contrôlées, le seul moyen pour sauvegarder le
modèle social européen est la réalisation d’une Union européenne démocratique et
stable. Pour se faire, il faut que certaines conditions puissent se concrétiser:
- une participation active et consciente de ses citoyens;
- un travail dans l’intérêt général;
- une solidarité accrue.
Aujourd’hui, les citoyens européens, notamment les jeunes, prennent pour
acquis tout ce qui a été réalisé après la signature du Traité de Rome, le 25
mars 1957. Et pour eux, l’Europe est vécue comme une contrainte et non comme une
opportunité.
Comment en sommes-nous arrivés là? L’Union européenne a négligé sa relation
avec ses citoyens.
L’Europe parle très souvent un langage incompréhensible pour le citoyen. Mais
plus grave encore, les politiques nationaux se déchargent souvent de leurs
responsabilités sur l’Europe, qui apparaît si lointaine à ses citoyens :
“Bruxelles a décidé …”. Le citoyen ignore que les décisions finales sont prises
par ses propres ministres et que “Bruxelles” ne peut que proposer!
Personne n’explique que beaucoup de progrès ont été réalisés grâce au fait
que nos Etats membres ont décidé de travailler ensemble : l’Euro, Erasmus, la
baisse des prix de certains services : vols aériens, télécommunications, la
libre circulation des personnes, etc.
Et surtout, personne n’explique qu’une vraie Union européenne n’est pas une
option, mais une obligation si nous voulons faire face aux défis actuels
(mondialisation sauvage, crises financières incontrôlables, pour ne citer que
les majeurs) sans perdre notre modèle de vie. Aucun état membre, petit ou grand
soit-il , ne pourra faire face à ces défis tout seul!
Les citoyens doivent en être conscients et demander à leur représentants
politiques d’oeuvrer pour réaliser le plus tôt possible une Union européenne
forte, démocratique et stable. De leur côté, les Institutions européennes,
notamment la Commission, doivent s’impliquer pour informer plus largement les
citoyens des politiques et des actions conduites au niveau européen et leur
faire connaître, de manière claire et accessible, les effets de ces actions sur
leur vie quotidienne et sur leur avenir.
Trois principes commandent la voie vers une vraie Union européenne:
● L’équilibre institutionnel doit être respecté et le rôle du PE et de la
Commission renforcé.
● La fonction publique doit continuer à être compétente, indépendante et
permanente.
● La méthode communautaire doit être renouvelée et renforcée.
Si l’Union européenne n’est pas capable de se renforcer, les égoïsmes
nationaux vont refaire surface et la modeste construction réalisée depuis le
Traité de Rome risque de s’écrouler : il n’y aura pas de gagnants parmi les
européens, nous seront tous des perdants.
Nous personnel des Institutions européennes nous sommes prêts à nous battre
pour sauvegarder le modèle social et économique européen et ainsi faisant nos
spécificités culturelles et l’avenir de notre société.
Franco Ianniello
1. Le Traité de Lisbonne dit dans son
article premier :"L'Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité
humaine, de liberté, de démocratie, d'égalité, de l'État de droit, ainsi que de
respect des droits de l'homme, y compris des droits des personnes appartenant à
des minorités. Ces valeurs sont communes aux États membres dans une société
caractérisée par le pluralisme, la non-discrimination, la tolérance, la justice,
la solidarité et l'égalité entre les femmes et les hommes”